L'individualisme promu par la modernité trouve sa forme la plus radicale dans la pensée de Max Stirner développée dans
L'unique et sa propriété en 1845 : il est question ici de l' "unique" comme substantif, c'est à dire d'un sujet absolument singulier et sans pareil, souverainement libre et auto-suffisant. Cette conception qui paraît définir la forme ultime du solipsisme, prétend cependant moins à constituer un principe métaphysique qu'à inaugurer un programme révolutionnaire : celui visant à
dénoncer toutes les aliénations du moi, toute prétention à le réduire, le catégoriser ou l'intégrer dans des genres. Stirner définit ici les fondements et les visées de l'anarchisme : quelle place est alors laissée à la reconnaissance des autres, quels types de relations sont ouverts d'unique à d'autres, tout autant uniques ?