Quoi de plus éloigné, semble-t-il, que les deux figures politiques de la domination totalitaire et de la servitude volontaire, puisqu'ici le pouvoir obtient l'obéissance du peuple par libre consentement et là par l'administration de la terreur ? Cependant, si le pouvoir ne peut s'exercer, ni même s'instituer, sans légitimer son autorité, alors l'idéologie totalitaire et l'opinion populaire ne se rejoignent-elles pas pour assurer une telle justification symbolique du commandement et de l'obéissance ? Quoique le pouvoir politique ne soit pas en lui-même le mal, il importe de mettre en évidence les formes pathologiques qu'il peut toujours prendre, notamment en notre époque de retour d'une violence qu'on aurait pu croire dépassée.